TOUJOURS PLUS À L’OUEST, BRUXELLES, BELIEVE ET LES GAFA

10 juillet 2018
 TOUJOURS PLUS À L’OUEST, BRUXELLES, BELIEVE ET LES GAFA

On assiste depuis longtemps à une tentative des GAFA(1)de déstabilisation des droits d'auteur au niveau européen, tentative réussie le 5 juillet 2018, le parlement européen ayant rejeté la nouvelle directive sur le droit d'auteur. Ces campagnes puissantes de lobbying des GAFA - liberté numérique de partage libre des contenus -  contenus souvent soumis au droits d'auteur et postés sans autorisation - ont été relayées par des entreprises aussi influentes que Mozilla (Firefox) et Wikipédia au nom de la liberté des internautes(2).
 
Plus près de nous, le plus surprenant, est le partenariat annoncé par Believe Digital(3)le 4 juillet - veille du vote du parlement européen - avec Facebook/Instagram "accord qui permettra aux milliards d'utilisateurs de Facebook et Instagram de créer du contenu avec votre musique et ainsi de générer de nouvelles opportunités de revenus" (revenus complètement hypothétiques pour les catalogues des petits labels indépendants). Ce partenariat avec Facebook/Instagram va dans le sens de cette déstabilisation, encourageant l'idée que la musique, seul bien devenu disponible et gratuit pour tout le monde, n'a plus comme place que celui d'un objet anecdotique, complément de la domination de la haute technologie et son économie.
 
Contrairement au phénomène Napster (né il y a presque 20 ans) promouvant le peer to peer - échange gratuit de fichiers musicaux sans rémunérer les ayants droits - ce qui avait provoqué l'ire de l'industrie musicale, laquelle s'était escrimée à sensibiliser l'Etat pour appliquer via Hadopi une politique répressive, cette industrie, hyper concentrée depuis en trois majors internationales, faute de n'avoir pu faire face à l'évolution du numérique, a, sans aucun esprit de défense de ses riches catalogues, négocié l'exploitation de cette mine colossale à des sociétés de streaming qui se sont lourdement endettées pour les acquérir (et le restent en dépit d’une fracassante entrée à la Bourse de New York le 3 avril 2018 du service de streaming suédois Spotify). C'est donc l'exploitation de catalogues qui représentent la création dominante de plusieurs décennies qui, une fois concentrée en trois groupes, assoient ces sociétés de streaming sans réelles réflexion, compensation ou stimulation pour la création contemporaine dans son large spectre.
 
Aujourd'hui, les géants du numérique dit GAFA, nouveaux maîtres du jeu face à une industrie musicale démissionnaire et adoptant la politique du plus court chemin, mettent à disposition de la musique - et tous autres contenus - en promouvant l'idée qu'elles ne sont pas responsables des droits attachés aux œuvres qu'elles diffusent. L'industrie musicale se mobilise faiblement et tente - comme avec les sociétés de streaming - de louer ses catalogues ou d'obtenir une rémunération "au click". Mais il faut des millions de clicks pour générer une rémunération substantielle. La production des labels indépendants, qui a largement contribué à l'essor des formes nouvelles et dont une partie se retrouve par le jeu des achats successifs de l'histoire de l'industrie phonographique dans les packages offerts au société de streaming, se trouve éliminée de ce système de redistribution et tous les contenus qui génèrent une audience limitée - sans parler de genre (musique classique, contemporaine, jazz, musiques du monde, rock…). 
 
Face à ces lobbies puissants, les sociétés d'auteurs/compositeurs/éditeurs et d'interprètes se sont mobilisées pour la sauvegarde des droits d'auteurs à Bruxelles, et même si quelques artistes de renom se sont fait entendre malgré l'absence remarquée de mobilisation des sociétés civiles de producteurs, le parlement européen a rejeté la nouvelle directive sur le droit d'auteur. Cette nouvelle directive ne vise pas seulement pas la musique mais aussi le livre, la presse, ou les contenus auteurs/éditeurs.
 
Prochain examen de la directive en septembre avec un nouveau vote. D'ici là, les GAFA ne connaîtront pas de pause dans leur dévorante progression. Une fois encore, s'organiser s'impose à moins de penser que la peau de la musique ne vaut plus grand chose et que son expression ne serait plus que fondue dans le décor.
 
 
Les Allumés du Jazz 9 juillet 2018
 

 
(1) Google, Apple, Facebook, Amazon
(2) Il est révélateur que ces sociétés qui promeuvent l'open source, le partage des connaissances, la contribution participative, valeurs partagées par un grand nombre, rejettent la directive sur le droit d'auteur au nom d'une "liberté" numérique.
(3) Believe Digital est le premier agrégateur français de musique numérique